Retour sur le festival Mythos

Le Festival Mythos fêtait cette année sa 21e édition. Au programme : des concerts de folie, une ambiance guinguette où tout le monde pouvait profiter des transats sur la pelouse du Thabor et un restaurant éphémère phénoménal, les Toqués de Mythos.
Mythos nous a fait vibrer. Des interviews d’artistes, aux concerts déjantés au Magic Miror, en passant par un déjeuner dominical de chefs.. Le Festival n’en finit pas de nous surprendre. Retour sur cette parenthèse festive et gourmande.

© Noé C.

© Noé C.

Cette année Mythos nous a concocté une jolie playlist musicale avec des artistes comme Calypso Rose, Cléa Vincent, Etienne de Crécy, Gaël Faye, Jabberwocky, Naïve New Beaters, The Pirouettes, Thomas Azier, Thylacine ou encore Vianney.

Le festival a ravi les oreilles des fans de musiques électroniques avec en têtes d’affiche Jabberwocky et Thylacine, des artistes que nous apprécions tout particulièrement et que nous avons rencontré avant leurs concerts pour leur poser quelques questions.

Rencontre avec Jabberwocky

Camille (synthé), Simon (machines), Manu (guitare, pad)© Alexia Ortega

Votre nom vient d’un poème de Lewis Caroll, on l’a lu et on a franchement pas compris grand chose, vous pouvez nous expliquer un peu?

Manu: Justement c’est un peu le principe c’est très difficile à comprendre, ça donne des idées. C’est plus quelque chose d’inspirant je pense.

Camille: Le poème utilise des mots valises, c’est à dire une partie d’un mot et une partie d’un autre mot. Ça joue beaucoup sur les sonorités et ça permet d’imaginer des choses à partir des nouveaux mots créés. C’est un poème anglais à l’origine et ce n’est pas très facile à traduire en français puisque c’est des mots qui n’existent pas forcément.

Vous avez récemment sorti un nouvel EP (Make) plus lumineux que votre premier album Lunar Lane qui était assez sombre, c’est dans cette direction que vous allez pour la suite?

Manu: En tout cas pour cet album là on voulait un peu découvrir d’autres choses, faire évoluer cette ambiance là et oui on est allés vers des trucs plus dansants, plus festifs, plus ouverts par rapport au premier qui était plus introspectif.

Simon: En fait c’est ça, on est passés de la Lune au Soleil.

Camille: On avait envie de faire danser un petit peu. On a pas mal retravaillé nos concerts pour réussir à apporter cette ambiance qu’on retrouve dans les festivals de musiques électroniques.

Manu: C’est aussi l’état d’esprit dans lequel on était à ce moment là je pense. Un album pour moi ça marque un peu une période de la vie.

Camille: Enfin on était pas non plus trop tristes pour le premier… (rires)

Simon: Même nous dans notre vision de la musique on trouve ça assez cool quand un artiste propose des choses nouvelles, sur lesquelles on ne l’attend pas forcément et que ça évolue sans refaire la même chose, sans faire des versions B d’un morceau.

© Alexia Ortega

Justement, après le succès de votre tube Photomaton vous n’êtes pas tombés dans le piège de faire un album de titres semblables, mais vous gardez quand même une identité forte. D’où vient cette cohérence malgré la différence des morceaux?

Manu: Je pense que c’est des choses un peu inexplicables, un ensemble de textures…

Camille: Il doit y avoir quelque chose dans la musique qui inconsciemment fait que ça reste nous.

Manu: Si ça nous plaît c’est que ça nous ressemble.

Simon: Après dans l’album en général il y avait un mood qui se transmet entre les morceaux, même si chaque morceau a des influences qui ne sont pas forcément les mêmes. Le titre Photomaton est assez singulier. Je pense qu’il y a une trame de fond, qui était plutôt mélancolique sur le premier et un peu plus joyeuse sur l’EP qui rassemble un peu tout.

© Alexia Ortega

On vous a découvert en live à Saint Malo le mois dernier et on a pu constater que les morceaux étaient très différents de l’album, comment se fait ce passage du studio à la scène?
Simon: Sur le premier album on voulait vraiment qu’il y ait cette différence entre la version que tu écoutes chez toi et celle que tu viens voir. Du coup on a retravaillé vachement les morceaux. C’est un peu un process d’auto-remix tout le temps afin de rendre ça dansant. On trouvait ça intéressant surtout avec la trame de l’album qui était plutôt axée sur la mélancolie d’arriver à faire danser les gens sur ce mood. Là avec l’EP qui est beaucoup plus dansant de lui-même c’est un peu plus simple de le retranscrire en live. C’est toujours quelque chose qu’on aime bien faire quand même, essayer d’apporter quelques variations dans les morceaux.

On a particulièrement aimé la presta sur Fog qui prend une dimension dingue, une anecdote sur ce titre?

Manu: C’est vrai que les gens réagissent toujours bien sur ce titre là.

Simon: Fog en fait c’est le titre qui nous a donné la direction du premier album.

Manu: C’est vrai oui! C’est un des titres piliers de l’album.

Simon: C’est celui où on savait exactement, après avoir fait la démo, à quoi il allait ressembler à la fin.

Camille: Il a été fait super vite en plus.

 

© Alexia Ortega


Vous avez réalisé beaucoup de featurings différents (Tessa B, Ana Zimmer, Mai Lan,…), avec qui aimeriez-vous collaborer maintenant?

Manu: Avec Beyonce, Rihanna, Sia,… (rires)

Simon: Il y a plein plein plein de gens, c’est des millions de possibilités. Nous ça se fait en fonction des rencontres, des opportunités donc on verra par la suite. En tout cas il y en a beaucoup avec qui on aimerait faire des trucs ça c’est sûr, mais c’est un peu dur d’en citer un plus qu’un autre.

On va rencontrer Blow dimanche pour Panoramas, avec qui vous aviez collaborer à l’époque où ils s’appelaient encore 7ik, est-ce que vous avez d’autres projets communs à venir?

Manu: Et ouais!

Camille: On a collaboré sur quelque chose qui n’est pas encore sorti mais ça va bientôt venir !

Pour finir on vous pose des questions un peu bretonnes… Galette-saucisse ou crêpe caramel au beurre salé?

Manu: C’est dur…

Simon et Camille: Crêpe caramel.

Manu: Non ouais bon aller c’est vrai que c’est bien…

Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord…

Manu: Non les deux, c’est trop dur, salé/sucré je peux pas choisir.

Et pour finir est-ce que vous avez un petit mot pour les rennais qui vont vous lire?

Manu: On espère qu’ils seront aussi chauds que d’habitude !

Simon: On très contents de revoir nos amis bretons, le meilleur public de France !

Camille: Ouais c’est clair, on était venus jouer y a un an…

Manu: Il y a toujours une grosse ambiance.

Simon: C’est toujours des gens super motivés, curieux, enthousiastes…

Camille: Et pour une fois du soleil !


Merci encore aux Jabberwocky pour cette jolie soirée. Pour la seconde fois, nous avons été conquis par le live ciselé qui nous a été proposé. La musique est parfaitement servie par les voix de Tessa B et Opé Smith qui accompagnent le groupe sur scène, le public est conquis et la redécouverte des morceaux vaut le détour. On ne peut que vous conseiller de foncer les voir si vous en avez l’occasion !

Propos recueillis par notre reporter photographe Alexia Ortega.

 


Rencontre avec Thylacine

© Noé C.

Thylacine, c’est l’artiste qui t’emmène en voyage avec lui à bord du Transiberien. Il compose de manière talentueuse de la musique électronique avec des voix d’ailleurs et nous ça nous touche en plein coeur.

C’est sous le chapiteau Carnivore du festival Mythos que nous avons passé un moment avec William. Interview post sieste pour l’artiste qui était au Festival Panoramas hier (une partie de la team y était et vous prépare un report pour très bientôt).

On t’a découvert à la sortie de ton album Transiberian. Comment t’es venu cette idée de vouloir composer à bord de ce train mythique ?

L’idée de base vient d’un constat que j’ai fait. J’ai réalisé des enregistrements en studio mais je trouvais le résultat un peu fade. J’ai donc réfléchi à ce qui me convenait le mieux pour composer. Il s’avère que lorsque je vis des choses, j’ai des histoires à raconter et la composition en découle facilement.

Je l’ai fait à bord du Transiberien, parce que je tournais énormément en train et j’adore ça ! J’aime beaucoup le petit cocon que tu peux avoir, avec le paysage qui défile sous tes yeux. Dans ce train qui voyage à 90 km/h, tu as le temps de voir le paysage et de t’en inspirer ! Ça m’a permis d’avoir beaucoup de temps avec 160h sur les rails.

Au départ je ne savais pas si j’allais faire un album ou non. J’étais parti pour faire six morceaux à sortir sur un gros EP. Puis il s’avère que ça s’est super bien passé notamment grâce aux rencontres que j’ai fait là-bas. J’ai pu utiliser des voix des personnes que j’ai rencontré donc c’est ça qui a pu porter le projet aussi. Ces rencontres là étaient vraiment folles ! C’est une vie totalement différente de la mienne.

Pour Transiberian j’avais aussi envie de faire un projet un peu plus large, avec des images pour ne pas se limiter à un simple album. Je voulais montrer ce que ça rend d’être un compositeur qui part d’un point A à un point B et comment il s’inspire durant le voyage.

© Noé C.

On a vu que tu étais retourné les voir une fois l’album sorti !

Oui j’y suis retourné l’année dernière, je leur avais promis. J’ai retrouvé un pote que je m’étais fait à Kazan et on a décidé de faire une soirée là où a été enregistré Belobezvodnoe. On a pu leur montrer le documentaire qui a été tourné sur tout le projet. C’était super de les revoir, même si je n’ai pas pu rencontrer à nouveau tout le monde parce que c’est immense le trajet que j’ai fait pour cet album.
En tout cas ils ont tous reçu le CD, ça faisait partie de l’échange. Ils m’ont beaucoup donné en m’accordant du temps et en me partageant leur musique donc il fallait que je fasse la même chose.

Et alors, le résultat a plu ?

Oui carrément ! (rires)
Même si c’était un peu particulier des fois avec les petites dames. Il y a un choc des cultures assez fou. Elles étaient toutes contentes de voir que leur petit village était mis en avant de manière totalement incongru. Voilà, c’était hyper chouette comme moment.

Cette expérience de composer sur un long trajet, tu le referais ?

Evidemment oui, c’est une des meilleures expériences que j’ai vécu de toute ma vie. D’une part d’avoir cette idée, de trouver les financements pour ce projet énorme. Ça a été des galères de fou aussi, mais c’est exceptionnel d’y arriver et de voir la chose se faire.
D’autre part, si j’avais quelque chose à améliorer ça serait peut être sur la vidéo et la diffusion, mais honnêtement là bas c’était vraiment génial. Aussi, j’ai eu la chance de partir avec une traductrice Russe, qui m’aidait à interagir avec les gens, j’avais des conditions assez idéales pour tout ce voyage.

© Noé C.

Notre coup de coeur c’est pour Poly, aurais-tu une anecdote ?

Poly c’est la seule musique avec les voix d’un morceau que j’ai découvert là-bas. Il vient de l’album « Le Mystères des voix Bulgares », qui est un album assez fou, hyper beau et moderne avec des polyphonies qui m’ont retourné. Je vous encourage a vraiment écouter l’album, il y a des morceaux très beaux.

En parlant de musique traditionnelle, notre plus gros coup de coeur reste ton live au Quai Branly. Comment ça s’est déroulé avec ces chants ethniques ?

J’avais déjà travaillé ultérieurement avec le Quai Branly pour un évènement autour des chamans. J’y avais partagé ma rencontre avec le chaman russe lors de Transiberian.

Pour cette fois-ci ils m’ont ouvert les portes de leur bibliothèque avec plein d’enregistrements et de CD. Je me suis plongé là dedans, en réalisant un tri et en essayant de ressortir tout ce qui m’intéressait. On a fait pareil pour la vidéo avec Laetitia Beli qui me suit sur tous mes concerts.
Ensuite j’ai commencé à composer, à faire ressortir des passages que j’aimais bien, que je trouvais plus important etc. Je les ai mélangé à des morceaux et voilà ça s’est fait naturellement.

C’est génial de faire ça, j’adore faire de tels projets ! Même si c’est juste pour un « one shot », une date unique. C’est super enrichissant, même pour moi j’ai appris des choses en le faisant.

Ce sont des chants de guerre ?

C’est vraiment de tout en fait ! J’ai pris des chants des Poho amérindiens, des inuits, des sonorités de Tanzanie et d’Asie. J’ai pioché un peu partout, sans préjugés avec de la belle matière musicale.

C’était vraiment très beau en tout cas. Félicitations ! Quels sont tes futurs projets ?

Dans les prochains mois je prépare l’Olympia qui va être notre gros concert de fin de tournée !

Ça fait bientôt deux ans que je tourne avec Transiberian et j’ai décidé d’arrêter après l’été pour pouvoir passer à autre chose. Je commence à fond à travailler sur mon prochain projet mais je ne vais pas pouvoir en dire plus ! Je garde la surprise.
Pour ça il faut que je retrouve un peu de calme, de me perdre, de me déconnecter pour être créatif.

© Noé C.

Ton live est très créatif avec ta scénographie. Comment t’es venue cette idée ? 

Je l’ai créé à partir de plein de réflexions que j’avais sur le live ! Il me fallait une manière de mélanger la vidéo à la lumière, c’est comme ça qu’on a commencé à travailler avec des filaments. La lumière peut passer à travers, ça a un rendu plus profond et moins powerpoint. Concernant la vidéo avec Laetitia, c’était un peu le challenge de garder cette pâte très brute et graphique qu’on a avec Transiberian et d’y incorporer parfois des images du voyage. Il a fallu faire cohabiter ces deux choses sur le live.

En tout cas ça fait son effet. Ça sera la troisième fois qu’on te voit en live, on imagine que tu évolue au fil des dates ?

Carrément oui ! C’est toujours un peu différent, il n’y a rien de trop écrit. Les morceaux évoluent tout le temps. Parfois quand j’écoute les versions enregistrées je ne les reconnais plus parce que je suis parti loin dans la version live. C’est ça que j’aime bien aussi, que les morceaux explosent, qu’ils aient une vraie relecture live. Donc forcément entre le premier et le dernier concert il y a certains morceaux qui n’ont rien à voir !

Tu grandis avec tes morceaux aussi, quelque part c’est normal que le tout évolue

Oui c’est clair ! Et puis t’apprends à les connaitre et à voir comment ils peuvent réagir en live. C’est quelque chose de vraiment différent de la composition, il faut repenser les morceaux d’une manière vraiment différente.

© Noé C.

Est-ce que tu connais un peu Rennes, t’es Angevin à la base c’est pas si loin

Oui c’est vrai, mais je connais assez peu. J’avais tenté le concours des Beaux Arts à Rennes, et j’ai pas mal d’amis qui vivent ici, notamment mon ingénieur lumière de ce soir. Mais j’y viens surtout pour jouer donc désolé je n’ai pas de bonne adresse à recommander (rires).

T’es plutôt galette-saucisse ou crêpe au caramel et beurre salé ?

En général je suis plutôt salé, mais je pense que je dirais quand même la crêpe au caramel et beurre salé (qui oui du coup est salée).

Un mot de la fin pour les rennais ?

Le concert à Rennes en Décembre dernier c’est vraiment un super souvenir que j’ai de la tournée. Ça fait parti des villes où il y a un public hyper intéressant parce qu’il y a une  interaction assez géniale et forte ! Dans le sens où t’es pas juste en extase devant des kicks… C’est quelque chose de plus fin ici. Et je dis pas qu’il y’a seulement ça à Rennes, mais en tout cas ça fait partie des villes où il est hyper agréable de jouer !

Le public breton est à la hauteur de sa réputation

Oui déjà il y a le public breton de base qui est complètement fou notamment sur les festivals comme Panoramas ou les Vieilles Charrues. Mais en plus à Rennes, t’as à la fois ça et en même temps il y a un truc un peu plus pointu lorsqu’on est hors festival et c’est hyper plaisant.

© Noé C.

 

William aussi est plaisant ! Doux en interview, il se transforme en réel tigre de Tasmanie sur scène ! Thylacine est le nom d’un animal présent en Tasmanie dans les années 1930.

Notre troisième escapade musicale à ses côtés, et on aime toujours autant. La scénographie et la prestation nous en met plein la vue et les oreilles.
À ce rythme là, on prendrait bien nos places pour l’ Olympia…

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